Ça suffit !

Ça suffit de vivre chacun pour soi !

Un « pure laine » insulte un immigrant en fonction de la couleur de sa peau, de son origine ethnique, géographique ou de sa religion ?

Intervenons ! Répondons à cet individu ! Empêchons-le de faire violence à autrui et de propager une haine ignare et non fondée.

Empêchons-le de nourrir son propre sentiment.

Il est intimidant d’être membre d’une minorité et de se faire attaquer par un membre de la majorité. On ne peut raisonnablement s’attendre à ce qu’une victime d’agression, dans un pays d’accueil en plus, vainque sa peur et se défende seule.

Si elle y parvient. Félicitations. Que de superpouvoirs !

Sortons de notre nombril ! Ayons honte de notre laxisme ! Agissons contre toutes les formes de racismes.

Aucune de nos convictions, aussi profondes soient-elles, ne nous donne le droit d’insulter qui que ce soit au sujet de son apparence physique, de son appartenance culturelle ou de ses convictions personnelles.

Nous avons tous des convictions personnelles. Des convictions différentes !

Moi, personnellement, j’ai la conviction profonde que les talons hauts et le maquillage sont les symboles par excellence de l’hypersexualisation de la femme. Je crois qu’ils participent à propager une culture de femme-objet et qu’ils renforcent les courants inégaux et inéquitables sous-jacents à notre société.

C’est quelque chose qui vient me chercher quotidiennement. Le stéréotype de la professionnelle respectable est celui d’une femme qui porte des talons de tailles raisonnables et qui s’est maquillée avec savoir-faire pour venir au bureau.

Et pourtant, je choisirais une vie de couvent – alors que tout mon être irradie d’athéisme – plutôt que d’insulter toutes les femmes de ma vie et de mon entourage qui se maquillent chaque jour et qui viennent se plaindre de leurs souliers à mon oreille.

Je profite d’un 5 à 7 et d’une atmosphère détendue pour leur faire part de mes croyances. La discussion est toujours la même et tourne autour de deux idées : celle d’être en possession de ses moyens et celle de se comporter en fonction de dictats sociaux.

À la fin de la discussion, tout le monde est un peu blasé et un peu fâché. On retourne chacun chez soi, en repassant la discussion dans sa tête, en répondant mieux et avec plus d’aplomb. On a écouté l’autre, la plupart du temps ça ne change rien, parfois, ça amène une autre perspective. Peu importe, il y a toujours l’obligation de reconnaître que nos convictions sont différentes et que l’on se doit respect.

Cependant, toutes les parties admettent que si une croyance ou une conviction empêche un individu de fonctionner socialement, on approche alors de la pathologie mentale.

Si une femme ne peut jamais sortir de chez elle sans s’être maquillée ou perchée sur des talons hauts, si cela provoque en elle une angoisse et une panique insurmontable, elle a une forme ou une autre de trouble psychologique.

Si quelqu’un se promène dans la rue et ne peut faire autrement que de se sentir agressé par la présence de l’autre et ne peut s’empêcher de l’insulter, il y a là une forme ou une autre de trouble.

Il y a une différence entre l’agacement, devoir respirer par le nez, ronger son frein et une réelle incapacité à se détacher d’une situation afin de pouvoir y faire face avec maîtrise de soi.

Si quelqu’un ne peut sortir de chez lui, sans porter de signes religieux sans que cela ne provoque une détresse insurmontable, sans que cette personne ait l’impression de se sentir attaquée dans son identité profonde ; cette personne a un trouble quelconque.

Être convaincu que l’on doit constamment porter une pièce de vêtement ou que l’on doit avoir un objet en permanence sur soi ressemble drôlement à une obsession pathologique.

Une personne qui a la conviction profonde que notre façon de consommer est en train de détruire la planète, qui ne porte que des vêtements faits à la main par des artisans locaux avec des tissus écoresponsables et biologiques, pourrait-elle aller devant la cour lorsque son employeur l’obligera à porter un uniforme synthétique confectionné par des enfants de pays en développement ?

Une personne dont les convictions religieuses ne sont pas reconnues par l’État, parce qu’elle est sataniste, pourrait-elle aller devant la cour pour se plaindre du fait qu’elle ne peut pas enseigner aux enfants en portant un chandail noir avec une tête de chèvre dans un pentagramme ?

Il est temps de descendre la religion de son piédestal. Les convictions religieuses ne valent pas plus que toute autre conviction personnelle.

En affirmant que les faits et gestes de tout un chacun ne nous regardent ni ne nous affectent, on ne fait que prétendre à la tolérance de l’autre. Une société n’est pas un agrégat d’individus qui vivent par et pour eux-mêmes. En balayant sous le tapis la responsabilité d’une réflexion citoyenne sérieuse au sujet des symboles religieux, on feint l’acception de l’autre. Ce désir de bien paraître en évoquant le libre-choix de tout un chacun, confine l’identité des personnes religieuses exclusivement à leur religiosité, comme si elles n’étaient rien d’autre et qu’elles n’avaient pas la capacité de se distancer de leur affect religieux. Nous ne devons pas renier la capacité d’objectivité des personnes ayant des convictions religieuses. 

Nous avons tous le cerveau lavé par l’éducation que nous avons reçue. Nous sommes tous les produits de notre société, de notre culture, de notre génération. Si, en tant que société, nous affirmons que chacun est égal, que chacun est capable de raisonner, cela doit inclure tous les individus.

Une personne ne peut se définir uniquement par des symboles.

Empêcher un citoyen en position d’autorité et engagé par l’État de porter des symboles religieux ne l’empêche pas de pratiquer sa foi.

On peut être croyant sans porter de symboles religieux.

Chacun a le droit à ses convictions.

Ce n’est pas un droit d’afficher ses convictions en toutes circonstances, en tout lieu ou en tout temps.

Nous vivons en société. Chacun doit faire des compromis afin d’en respecter les règles. Avoir des convictions religieuses ne doit pas mener à être victime de discrimination, de violence ou de racisme, mais cela ne doit pas non plus mener à pouvoir exister dans une communauté intouchable.

La question qui se pose alors est : en quoi les symboles religieux portent-ils ombrage au rôle de l’État ?

La réponse est toute simple : toutes les grandes religions sont misogynes et homophobes. 

Certains rétorquent que les personnes qui portent des symboles religieux ne sont pas toutes misogynes ni homophobes. Il est vrai que certains individus qui entretiennent des sentiments religieux ont comme cheval de bataille leur propre institution religieuse et qu’ils ont le but d’en faire des communautés justes et équitables.

Le fait est qu’un individu ne pourrait pas porter la croix gammée tout en affirmant laisser de côté l’antisémitisme et ne prôner que la pureté du genre humain, de tous les êtres humains.

Les symboles ne sont pas des symboles pour soi. Les symboles sont des formes connus et reconnus socialement.

Vous ne pouvez pas répondre au policier qui vous donne une contravention pour avoir brûlé un feu rouge que, pour vous, ce symbole représente une invitation à s’arrêter en cas de besoin.

Les symboles religieux représentent des institutions religieuses, pas une foi personnelle.

Tant que les textes sacrés ne seront pas revus en profondeur afin d’oblitérer leurs propos discriminatoires envers les femmes et les homosexuels, les individus qui s’affichent avec des symboles religieux font la promotion de toutes les positions de l’institution religieuse à laquelle ils adhèrent et non pas seulement de celles qui leur conviennent personnellement.

L’État ne peut pas, par le biais de ses représentants, indiquer qu’il reconnaît la valeur morale de la misogynie et de l’homophobie.

Enfin ! On demande au Khyber Pass, le restaurant montréalais de l’avenue Duluth, de démanteler sa façade parce qu’elle ne respecte pas la culture patrimoniale des bâtiments…

Mais un-e policier-ère de l’État peut s’afficher avec une façade misogyne et homophobe ?

Mais un-e professeur-e peut afficher, jour après jour, aux yeux des enfants malléables une façade misogyne et homophobe ?

Préservons l’intégrité architecturale de nos bâtiments ! Les femmes et les homosexuels, de toute façon… il n’y a plus âme qui vive pour se rappeler les violences faites à leur égard et plus personne n’a remis leurs droits fondamentaux en question depuis la Déclaration des droits de… l’homme.